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Peut-on être sportif de haut niveau et créateur sur OnlyFans ?

Auteur
Matthieu Llorca
30/3/26
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6 min

Introduction

La plateforme britannique OnlyFans, créée en 2016, est un site internet de contenus pour adulte proposant un service d’abonnement payant permettant d’accéder aux pages personnelles de particuliers où sont publiés des photos et vidéos exclusives. Déjà très implantée dans l’industrie du divertissement pour adultes, cette plateforme a vu sa notoriété auprès du grand public fortement progresser depuis la pandémie de Covid-19 en 2020.

Le sport n’échappe pas à ce phénomène, avec de nombreux athlètes, hommes et femmes, dont certains participent aux Jeux Olympiques, qui se lancent, via ce site, dans la monétisation, « la vente » de leur image (tel un produit marketing) pour financer leur carrière sportive et être financièrement indépendant.

Si certains sports distribuent des flux massifs de revenus entre les mains d’une minorité d’athlètes (les « superstars », comme l’illustre la théorie de Rosen (1981) avec son phénomène de winner takes all où le vainqueur emporte l’essentiel des gains), à travers les récompenses sportives et les contrats de sponsoring traditionnels, la réalité est tout autre pour une grande partie des compétiteurs : il existe de fortes inégalités salariales entre hommes et femmes dans le sport (Dechaud, 2025[1]) et parmi les sports (Feuillet, 2024[2]).

En effet, les athlètes moins performants et/ou engagés dans des disciplines moins médiatisées et moins génératrices de revenus se heurtent à d’importantes difficultés financières. Ils doivent pourtant assumer des coûts élevés liés à leur carrière de haut niveau : entraînements, équipement, frais de subsistance, hébergement, alimentation, soins médicaux ou encore thérapie physique. De plus, les aides financières publiques (prime, subvention) s’avèrent insuffisantes, sans compter le retrait de sponsors, voire la difficulté ou encore l’incapacité dans certains sports à trouver des sponsors traditionnels, dans la mesure où leurs disciplines offrent peu d’opportunités commerciales.

Dans ces conditions, certains athlètes, parallèlement à leur carrière sportive, créent du contenu « suggéré mais non explicite » (photos et vidéos de « nus artistique ») sur cette plateforme qui leur offre des opportunités de gains financiers non négligeables. Cette nouvelle source de revenus constitue une incitation financière pour les athlètes à exploiter, de la même manière que s’ils se tournent vers des plateformes de crowdfunding (financement participatif), un phénomène également en croissance au cours de ces dernières années (Leroux-Sostenes et Bayle, 2019[3]), ou bien s’ils lancent leur propre NFT[4] (Llorca, 2024a[5] et b[6]).

Outre les clubs et les franchises, des sportifs individuels ont également lancé leur propre jeton, c’est le cas de la joueuse de tennis danoise Caroline Wozniacki, avec son partenaire blockchain GCOX.

Les athlètes deviennent ainsi des entrepreneurs puisqu’ils fournissent un produit ou un service, utilisent leur image et leur notoriété, sur cette plateforme de contenu pour adultes, pour générer de la valeur et maximiser leurs revenus. En effet, les rémunérations en provenance de cette activité secondaire, complémentaire peuvent même pour certains d’entre eux doubler et dépasser leurs gains collectés sur le terrain sportif.

On trouve aussi bien des sportives (automobile, football, gymnastique, MMA, saut à la perche, tennis, patinage de vitesse…) que des sportifs (aviron, boxe, patineur de vitesse, plongeon…)

Outre la création de contenu par les athlètes sur la plateforme OnlyFans, cette dernière sponsorise également certains d’entre eux dans des sports tels que le sport automobile, le plongeon, le trail, le VTT, et cherche ainsi à changer son image. Enfin, OnlyFans offre également une reconversion pour des athlètes qui arrêtent leur carrière sportive, avec à la clé un succès financier pour certain(e)s.

Sur le plan juridique, cette activité complémentaire de la part des athlètes est parfaitement légale, (et donc « Safe for Work »), tant que les contenus restent osés mais pas nus, ou pas aussi explicite que d’autres influenceurs d’OnlyFans, ni pornographique.

Certaines fédérations sportives sont plutôt conciliantes par rapport à cette pratique de leurs athlètes, notamment pour les sports peu générateurs de revenus, et en particulier dans les pays anglo-saxons (Canada, Nouvelle-Zélande, Royaume-Uni). De plus, le Comité International Olympique (CIO) ne semble pas inquiet face à cette situation. Concernant ce choix de certains athlètes de se tourner vers OnlyFans, le porte-parole du CIO, Mars Adams a ainsi déclaré qu’il « suppose que les athlètes, comme tous les citoyens, sont libres de faire ce qu’ils peuvent » (Noovo, 10 août 2024[7]). Dans le même temps, Global Athlete, organisation fondée par des sportifs afin de dénoncer les déséquilibres de pouvoir dans le monde du sport, a reproché au CIO d’imposer aux sportifs la cession de leurs droits à l’image.

En revanche, dans le tennis professionnel masculin, géré par l’ATP, cette dernière refuse la présence du logo d’OnlyFans en compétition. En effet, d’après son règlement, les marques liées au tabac ou aux paris sportifs sont interdites, et une clause additionnelle stipule que l’ATP se réserve le droit de refuser tout autre sponsor, comme c’est le cas avec OnlyFans.

Enfin, d’autres fédérations n’hésitent pas à sanctionner les athlètes suite à la publication de contenu « explicite ». Ainsi, le 1er novembre 2025, l’athlète britannique en canoë-kayak, Kurts Adams Rozentals s’est retrouvé exclu, durant deux années, de son équipe nationale et du « World Class Programme » (un dispositif de soutien financier et logistique des athlètes potentiellement médaillables), suite à la publication d’une vidéo jugée « explicite » sur le réseau social Instagram. La Fédération britannique de canoë-kayak a estimé que les images de Rozentals portaient atteinte à la réputation de la Fédération et étaient contraires à son code de conduite.

[1] Dechaud, J. (2025), « Prime, rémunération des sportifs et équité », Revue québécoise de droit international, juillet 2025, 93-130.

[2] Feuillet, A. (2024), « De l’inégalité des revenus dans le sport professionnel », Regards croisés sur l’économie, 34-41.

[3] Leroux-Sostenes, M-J. et Bayle, E. (2019), « The crowdfunding of sport – paving the way to shared sponsorship ? », Current Issues in Sport Science, 4, 1-9.

[4] Non-Fungible Token

[5] Llorca, M. (2024), « Du marché, la valeur économique des clubs : le développement des cryptoactifs dans l’industrie du sport », in Blin, O. et Guignard, D. (dir.),  Acteurs et valeurs du sport : réflexions plurielles. Presses de l’Université Toulouse Capitole 101-112.

[6] Llorca, M. (2024), « L’usage et le rôle des cryptoactifs dans le sport », Revue d’Economie Financière, 154 (2), 29-38.

[7] Noovo (10 août 2024), « Des athlètes olympiques se tournent vers OnlyFans pour financer leurs rêves ».

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